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Antoine Kremer*, directeur de recherches émérite à l’INRA, conduit des recherches qui peuvent apporter un éclairage sur l’évolution des forêts.

Connaître le passé pour prédire le futur

Antoine Kremer, parlez-nous de votre parcours de chercheur ?

J’ai une double formation : d’ingénieur forestier d’abord avant de travailler dans des laboratoires. J’ai alors suivi une formation complémentaire en recherche, un domaine qui m’attirait davantage.
J’essaie de comprendre comment les espèces d’arbres forestiers s’adaptent à leur milieu et évoluent. C’est d’abord comprendre le passé : comment les arbres ont surmonté les crises. Les arbres sont plus vieux que nous, ils existent depuis plusieurs millions d’années.
Il s’agit de connaître le passé pour prédire le futur, pour en tirer des leçons.
Cette évolution se passe surtout dans le contexte de crises environnementales de toutes natures, des crises climatiques surtout, qu’il s’agisse d’une variation graduelle ou d’événements extrêmes (hiver 1956, feu des années 40, tempêtes) qui peuvent avoir un impact, qui sont des accélérateurs ou retardateurs de l’évolution, de l’adaptation.
C’est une préoccupation globalement proche de ce qu’on attend pour Groupama Forêts Misso mais nous travaillons sur une échelle de temps différente.

Vous avez beaucoup travaillé sur les chênes…

Au début, j’ai aussi travaillé sur le pin mais dans un contexte davantage axé sur la sélection. Mais j’ai effectivement beaucoup travaillé sur les chênes.
On se souvient de la sécheresse de 76. Au début des années 80, on voyait des chênes dépérissant sur le massif pyrénéen, en forêt de Tronçais… Il y avait beaucoup d’interrogations sur leur adaptation, leur histoire…
J’ai situé la question du dépérissement dans le contexte de l’évolution adaptative de cette espèce, ce qui a intéressé l’ONF et l’INRA. Il s’agissait de « faire de la génétique » pour comprendre l’adaptation des espèces aux variations environnementales. J’ai essayé de mettre au point un projet national, puis d’inscrire cette recherche dans un programme cadre européen. J’ai alors monté le premier projet européen, Oakbreeding devenu Evoltree.

Aujourd’hui Evoltree permet un partage de l’information, une activité de réseautage, de base de données, toute une infrastructure de connaissances, au service des recherches menées à l’interface entre évolution, génétique et écologie au niveau européen On a aussi ajouté un volet formation sous forme d’école d’été pour les doctorants et postdoctorants.
Actuellement, on travaille sur des échelles de temps beaucoup plus courtes. Dans le cadre d’un projet ERC, nous étudions comment les chênes changent génétiquement depuis le petit âge glaciaire (entre 1500 et 1850) marqué par des hivers particulièrement froids (1,5° de différence entre cette période et aujourd’hui). Dans certaines forêts il reste des arbres de plus de 350 ans, qui ont enduré cela. On étudie leur génome.

Quelques pistes ?

Nous avons déjà pu faire certains constats.
Les espèces à tempérament méditerranéen migrent vers le nord. En Aquitaine, on constate un déplacement progressif vers l’intérieur du chêne vert que l’on voyait le long des dunes. On constate aussi l’avancement de la saison de végétation, plus longue.
Les arbres poussent plus vite aujourd’hui qu’ils ne poussaient il y a cent ans ; en partie parce qu’il y a plus de CO2 dans l’air et plus de polluants atmosphériques à base d’azote.
On voit quelques dépérissements mais pas tant que ça : sur Pin sylvestre en Espagne et au sud des Alpes, en limite sud de l’aire.

Groupama Forêts se dote d’un Conseil scientifique. Quel regard portez-vous sur une telle création ?

À mon avis, un tel comité scientifique doit apporter des informations relatives aux risques que peuvent encourir les arbres : risques climatiques (feu, tempête) et risques phytosanitaires (insectes et maladies).
Pour cela, il faut réunir des compétences dans différents domaines pour parler évolution du climat, maladies introduites, feu…
Le conseil pourrait oeuvrer pour une information actualisée, une sorte de veille scientifique sur les risques et les moyens qu’on peut employer pour les combattre et les anticiper pour autant qu’on puisse le faire, avec un effort de synthèse pour rendre compte de ces risques. Y compris sur les assurances par rapport aux risques, sur la manière dont ils sont couverts.
Je pense aussi que le Conseil pourrait s’appuyer sur la littérature, sur les colloques, voir ce qui se passe à l’étranger dans ces domaines et sortir d’une vision franco-française.

Antoine Kremer*, directeur de recherches émérite, chercheur à l’INRA, est directeur de recherche à l’unité mixte de recherche Biogeco (Biodiversité, gènes & communautés) à l’INRA de Bordeaux. Il a reçu en 2006 le Prix Marcus Wallenberg, considéré comme le Nobel de la filière bois, pour ses travaux sur les chênes, et les Lauriers de la Recherche Agronomique à l’INRA en 2011. Il est également depuis 2016 docteur honoris causa de l’Université polytechnique de Madrid. Il vient d’être nommé « référent pour l’intégrité scientifique » à l’INRA.

À l’occasion de l’assemblée générale de Groupama Forêts, Meriem Fournier*, intervenant « sous sa casquette de chercheur », a entraîné les participants à « un voyage entre science et croyance ».

Garder l'aplomb

Il y a dix ans, la forêt des Landes de Gascogne était à terre. Dans la nuit du 23 au 24 janvier 2009, la tempête Klaus avait touché 593 000 hectares au cœur du massif, dont 223 000 hectares avec un taux de destruction supérieur à 40 %. Le volume de bois sinistré représentait, selon l’IFN, 42,9 Mm3 dont 41,7 Mm3 de pin maritime. Les dégâts s’avéraient donc encore supérieurs à ceux de la précédente tempête décennale, Martin, 9 ans plus tôt, qui avait soufflé sur la partie nord du massif en détruisant 102 600 hectares à plus de 40 %. En deux tempêtes, le stock de bois sur pied du massif landais venait de passer de 140 Mm3 à 80 Mm3 !

 Aujourd’hui, la forêt des Landes de Gascogne a retrouvé son aplomb, c’està-dire sa verticalité. Les pistes obstruées ont d’abord rapidement été rouvertes sur un linéaire total de 31 000 km puis en 2 ans seulement, un volume de 29,5 Mm3 de bois renversé a été mobilisé (dont 9,8 Mm3 stockés et 5,1 Mm3 exportés). Enfin en dix ans, 197 000 hectares ont été nettoyés et un total de 204 000 hectares aura été reboisé à la fin de l’année 2019. La forêt a repris toute sa place et c’est une réussite collective extraordinaire

L’État, la Région et le FEADER ont aidé les sylviculteurs à obtenir ce résultat :

  • Pour la mobilisation (pistes, aires de stockage, transport et rupture de charge) l’État a accordé 136 M€ de subventions et la Région 15 M€. L’État a par ailleurs bonifié et garanti 204 M€ de prêts à 1,5 %.
  • Pour le nettoyage et le reboisement, l’État est intervenu à hauteur de 442 M€, le FEADER à hauteur de 60 M€ et la Région à hauteur de 1 M€, soit un total de 503 M€ et une moyenne de 2466 €/ha reboisé.

Quant-au montant versé à ses sociétaires par Groupama Forêts Assurances (MISSO), il s’est élevé à 16 M€. Cela peut paraître modeste en valeur absolue par rapport aux chiffres précédents mais il est tout-à-fait significatif lorsqu’on le rapporte au pourcentage de surface assurée contre la tempête en 2009 dans le massif landais. Depuis le 1er janvier 2017, l’État est sensé ne plus intervenir en financement des reboisements en cas de nouvelle tempête et les assurances sont appelées à jouer ce rôle de relais économique.

Groupama Forêts Assurances a donc développé son offre pour répondre à cet enjeu. Le seuil d’intervention s’établit maintenant à 40 % de taux de dégâts, identique au seuil des subventions d’État. Les niveaux de garanties peuvent être modulés parcelle par parcelle de 500 à 5 000 €/ha. Les tarifs tiennent directement compte de l’expérience acquise des tempêtes de 1999 et 2009 et de la sinistralité par types et âges des peuplements.

Face à d’aussi vastes surfaces nouvellement reconstituées, particulièrement sensibles aux embrasements, toutes les mesures de prévention contre les incendies (débroussaillements méthodiques) doivent maintenant être prises. Et toutes les mesures d’assurance aussi ! A quoi cela aurait-il servi d’avoir mis tant d’énergie, tant d’aplomb à reboiser de telles surfaces si des paris devaient être faits par rapport au feu ? Depuis 1947, Groupama Forêts Assurances est l’assureur qui offre au meilleur tarif la garantie indispensable après tout reboisement. Plus que jamais, s’assurer est le premier acte de gestion durable, celui qui permet de garder l’aplomb !

Pascal Mayer

Directeur Général Groupama Forêts Assurances

En cette fin d’été 2018, les climato-sceptiques voient leurs rangs s’éclaircir.